• Bibliographie de Satprem

    Éditions Robert laffont

    Bibliographie de Satprem

    Bibliographie de Satprem

    Éditions Robert laffont

    • Par le corps de la Terre ou le Sannyasin, (1974)
    • Mère, (essai 1977) :
      1. Le Matérialiste Divin
      2. L’Espèce Nouvelle
      3. La Mutation de la Mort
    • Gringo, (conte 1980)
    • Sept jours en Inde avec Satprem, (1981)
    • Le mental des cellules, (essai 1981)
    • La révolte de la Terre, (essai 1990)
    • Évolution II, essai (1992)
    • Lettres d’un insoumis, tome 1 (1994)
    • Lettres d’un insoumis, tome 2 (1994)
    • La Tragédie de la Terre – de Sophocle à sri Aurobindo, (essai 1995)
    • La clef des contes, conte (1998)
    • La légende de l’Avenir, essai (2000)
    • Mémoires d’un patagonien, conte (2002)

    Éditions du Seuil

    • L’orpailleur, (roman 1960)

    Éditions Buchet / Chastel

    A l’institut de recherches évolutives

    • les Agendas de Mère, 13 volumes publié par l’Institut de Recherche Evolutive, (1951 – 1973)
    • Le Grand Sens, (1969)
    • Sri Aurobindo et l’Avenir de la Terre, (1971)
    • Le Véda et la destinée humaine, (1992)
    • Néanderthal Regarde, (1999)
    • La philosophie de l’amour, (2000)
    • Carnets d’une Apocalypse, tome 1 (1999) à 10 (2012)
    • L’Oiseau Doël, essai poétique (2008)
  • Ce « message à la jeunesse » fut primitivement écrit en français pour la télévision italienne. Il s’adresse aux étudiants, à ceux qui veulent faire la

    Le grand sens

    Ce « message à la jeunesse » fut primitivement écrit en français pour la télévision italienne. Il s’adresse aux étudiants, à ceux qui veulent faire la révolution de l’avenir par les moyens de l’avenir. Car en vérité, si nous voulons construire un monde nouveau, ce n’est pas par les moyens du passé que nous y parviendrons - ni par la violence ni par la non-violence. Mais par autre chose. C'est le temps du Grand Sens.
    Nous regardons à droite ou à gauche, nous construisons des théories, réformons nos Églises, inventons des super-machines, et nous descendons dans la rue pour briser la Machine qui nous étouffe — nous nous débattons dans le petit sens. Quand le bateau terrestre est en train de couler, est-ce qu'il importe que les passagers coulent à droite ou à gauche, sous un drapeau noir ou rouge, ou bleu céleste ? Nos Églises ont déjà coulé : elles réforment leur poussière. Nos patries nous écrasent, nos machines nous écrasent, nos Écoles nous écrasent, et nous construisons davantage de machines pour sortir de la Machine. Nous allons sur la lune, mais nous ne connaissons pas notre propre cœur ni notre destin terrestre. Et nous voulons améliorer l'exis¬tant — mais ce n'est plus le temps d'améliorer l'existant : est-ce qu'on améliore la pourriture ?...
    ... C'est le temps d'AUTRE CHOSE. Autre chose, ce n'est pas la même chose avec des améliorations.

    Mais comment procéder ?

    On nous prêche la violence, ou la non-violence. Mais ce sont deux visages d'un même Mensonge, le oui et le non d'une même impuissance : les petits saints ont fait faillite avec le reste, et les autres veulent prendre le pouvoir — quel pouvoir ? Celui des hommes d'État ? Est-ce que nous allons nous battre pour déte¬nir les clefs de la prison ? Ou pour construire une autre prison ? Ou est-ce que nous voulons en sortir vraiment ? Le pouvoir ne sort pas de la poudre des fusils, pas plus que la liberté ne sort du ventre des morts — voilà trente millions d'années que nous bâtissons sur des cadavres, des guerres, des révolutions. On prend les mêmes et on recommence. Peut-être est-il temps de bâtir sur autre chose, et de trouver la clef du vrai Pouvoir?... ... Alors il faut regarder dans le Grand Sens.

    Voici ce que dit le Grand Sens :

    Il dit que nous sommes nés il y a tant de millions d'années — une molécule, un gène, un morceau de plasma frétillant — et nous avons fabriqué un dinosaure, un crabe, un singe. Et si notre œil s'était arrêté en cours de route, nous aurions pu dire avec raison (!) que le Babouin était le sommet de la création, et qu'il n'y avait rien de mieux à faire, ou peut-être à améliorer nos capacités de singes et à faire un Royaume Uni des Singes... Et peut-être commettons-nous la même erreur aujourd'hui dans notre forêt de béton. Nous avons inventé des moyens énormes au service de consciences microscopiques, des artifices splendi-des au service de la médiocrité, et davantage d'artifices pour guérir de l'Artifice. Mais l'homme est-il vraiment le but de tous ces millions d'années d'effort — le baccalauréat pour tous et la machine à laver?
    Le Grand Sens, le Vrai Sens nous dit que l'homme n'est pas la fin. Ce n'est pas le triomphe de l'homme que nous voulons, pas l'amélioration du gnome intelligent — c'est un autre homme sur la terre, une autre race parmi nous. Sri Aurobindo l'a dit : l'homme est un «être de transition». Nous sommes en plein dans cette transition, elle craque de tous les côtés : au Biafra, en Israël, en Chine, sur le Boul'Mich'. L'homme est mal dans sa peau. Et le Grand Sens, le Vrai Sens nous dit que la seule chose à faire est de nous mettre au travail pour préparer cet autre homme et de collaborer à notre propre évolution, au lieu de tourner en rond dans les vieilles hommeries sans issue et de prendre les faux pouvoirs...
    ... de nous mettre au travail pour préparer cet autre être et de collaborer à notre propre évolution au lieu de tourner en rond dans les vieilles hommeries sans issue et de prendre les faux pouvoirs pour régner sur une fausse vie. Mais où est le levier de la Transmutation ?
    Il est dedans.
    Il y a une Conscience dedans, il y a un Pouvoir dedans, celui-là même qui poussait dans le dinosaure, le crabe, le singe, l'homme — qui pousse encore, qui veut plus loin, qui se revêt d'une forme de plus en plus perfectionnée à mesure que son ins¬trument grandit, qui CRÉE sa propre forme. Si nous saisissons le levier de ce Pouvoir-là, c'est lui qui créera sa nouvelle forme, c'est lui le levier de la Transmutation. Au lieu de laisser l'évolution se dérouler à travers des millénaires de tentatives infructueuses, douloureuses, et de morts inutiles et de révolutions truquées qui ne révolutionnent rien, nous pouvons raccourcir le temps, nous pouvons faire de l'évolution concentrée — nous pouvons être les créateurs conscients de l'Être nouveau.
    En vérité, c'est le temps de la Grande Aventure. Le monde est fermé, il n'y a plus d'aventures au-dehors : seuls les robots vont sur la lune et nos frontières sont partout gardées — à Rome ou à Rangoon, les mêmes fonctionnaires de la grande Mécanique nous surveillent, poinçonnent nos cartes, vérifient nos têtes et fouillent nos poches — il n'y a plus d'aventure au-dehors!
    L'Aventure est Dedans — la Liberté est dedans, l'Espace est dedans, et la transformation de notre monde par le pouvoir de l'Esprit. Parce que, en vérité, ce Pouvoir était là depuis toujours, suprême, tout-puissant, poussant l'évolution : c'était l'Esprit caché qui grandissait pour devenir l'Esprit manifeste sur la terre, et si nous avons confiance, si nous voulons ce suprême Pouvoir, si nous avons le courage de descendre dans nos cœurs, tout est possible, parce que Dieu est en nous.

    Satprem, Pondichéry le 27 juin 1969 

  • Le 10 octobre 1974,
    départ de la deuxième caravane de véhicules pour Auroville

    Il était une fois, en 1974, des hommes et femmes désireux de se rendre

    2ème Caravane pour Auroville

    Le 10 octobre 1974,
    départ de la deuxième caravane de véhicules pour Auroville

    Il était une fois, en 1974, des hommes et femmes désireux de se rendre à Auroville pour participer à la construction de cette cité hors du commun. Ils étaient 28 adultes et 4 enfants, prêts à partir, à abandonner tout ou presque, pour tenter de participer à ce projet exaltant.

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    Jean-Claude Biéri, un des pionniers d'Auroville, revenait justement avec l'intention de former une caravane de futurs Auroviliens, d'acheminer du matériel industriel, des véhicules et transporter des matériaux destinés au développement des activités à Auroville.

    Pour mener à bien cette entreprise, l'association d’Auroville, animée par Micheline et Pierre Etévenon, joue un rôle prépondérant de catalyseur et soutient complètement ce projet, mettant à notre disposition toute la structure administrative assurée par Christine Devin et Nicole Elfi, les locaux et le téléphone, le carnet d’adresses.

    Il faut trouver des fonds, accomplir des tas de formalités auprès des administrations, acheter des véhicules, du matériel, des matériaux, les entreposer, réunir des gens qui ne se connaissaient pas et animés d'une sincère motivation etc. Rapidement une vingtaine de voyageurs (que l'on appellera les caravaniers) se font connaitre et les réunions de préparation et de concertation commencent. Tout d'abord chacun paie sa part, soit 1000 francs de l’époque (à peu près 730 Euros d’aujourd’hui) par adulte et 500 francs par enfant.

    Jean-Claude part acheter un bus Mercédès en Allemagne (5550 F), sur lequel il y a quelques réparations et entretiens à faire et surtout des aménagements intérieurs (banquettes-lits, coin cuisine, WC). Également achat d'un fourgon J7 Peugeot, commandé par l’atelier de « Toujours mieux » à Aspiration ainsi qu'un camion ; ces deux véhicules doivent transporter du matériel industriel et des fournitures (ronéo, billes de nylon, tatamis etc.). Jacques Fornier, Michel Cortella et Jean-Claude B. conduiront le bus à tour de rôle. Quant au fourgon J7, ce sera la responsabilité de Guy Brunet et d’Hervé Millet.

    Jean-Claude Refuveille, sa sœur et sa fille dans un superbe Combi VW rouge se joignent à nous.Les aménagements du bus vont bon train. L'évaluation de la charge transportée par le bus pose cependant problème; chacun doit revisiter ses bagages, les classer par priorité. Le départ, initialement fixé au 7 octobre, est reporté au dernier moment au 10 en raison de formalités imprévues pour la sortie du territoire des véhicules et du matériel, ainsi que des réparations indispensables à faire sur le camion. Malgré tout, le 10 octobre le bus et le J7 sont prêts, mais pas le camion.

    Les caravaniers embarquent tout de même ; bus et J7 quittent Paris le 10 octobre au soir pour aller en Provence, dans une abbaye désaffectée qu'un ami nous prête, à Pourrières près d’Aix en Provence. Sur place, la vie communautaire s'organise, dans l'attente du camion; au fil des jours l'incertitude gagne les caravaniers devant les nouvelles alarmantes que nous recevons sur l'état général du camion en réparation à Bordeaux. Cette attente commence à peser lourdement sur le moral et le budget de chacun.

    Le bus est en surcharge : il faut donc remonter un excès de matériel à Paris; puis finalement on apprend que le camion n'est pas en état de rouler, les roues ayant été volées (!). Après quelques échanges téléphoniques et épistolaires et pas mal d'énervement, le départ de Provence a lieu le jeudi 17 octobre : bus, J7 et Combi, en tout 28 adultes et 4 enfants (tous français sauf deux Allemands).

    Objectif : Arriver à Auroville fin novembre, au terme d'un voyage de 13000km en traversant : Italie, Yougoslavie, Bulgarie, Turquie, Iran, Afghanistan Pakistan, Inde jusqu'au sud, à Pondichéry.Partis de Provence le 17 octobre, nous campons deux nuits en Italie (bord de mer, puis Vérone); après moult discussions (les décisions doivent-elles être prises à la majorité relative ou absolue ?), nous faisons l'impasse sur la visite de Venise et traversons la Yougoslavie : Ljubljana, Zagreb, Belgrade dont nous aurons du mal à sortir. Camping sauvage près de Nis où nous trouvons un excellent accueil de la population locale, mais nettement moins bon de la part de la police. Le lendemain et la nuit suivante nous décidons de rouler sans arrêt jusqu'à Istanbul via Sofia, afin de rattraper un peu de temps; en Bulgarie, au milieu de la nuit et sous une pluie battante, un barrage de police : les vopos contrôlent les passeports tandis que l'un d'eux braque une kalachnikov sur le ventre de Michel C…

    Au matin du 22 octobre, nous sommes en Turquie où nous allons rester trois jours pour « souffler », se reposer, se baigner, laver le linge et, pour certains, découvrir Istanbul. Au camping sur le bord du Bosphore, nous faisons la connaissance de Christine et Maurice Meunier, accompagnés d'un gros chien noir impressionnant; ils roulent en camping-car Ford Transit jaune et vont en Inde; ils se joignent à nous.

    La traversée de la Turquie d'Ouest en Est se révèle assez monotone; au fil des kilomètres le paysage devient de plus en plus aride; au début nous campons en bordure des villages avec l'autorisation des autorités locales, par la suite le campement sera plus « sauvage ».

    Le ravitaillement dans les villages est parfois problématique : difficile de trouver de la nourriture pour 34 personnes dans une seule épicerie, il faut en voir plusieurs, ce qui demande plus de temps. Et puis il faut adapter les habitudes alimentaires à la nourriture locale. Nous mangeons chaque jour des céréales achetées en grande quantité par Annie Coulon à Paris. Ce qui manque le plus : les légumes. Découverte du lait caillé-aigre et du merveilleux halva.

    La population nous accueille avec enthousiasme et pas mal de curiosité : une partie de foot disputée sur une place de village avec des jeunes du pays nous laisse de beaux souvenirs. Une autre fois, autour d'un feu de camp, nous chantons avec les jeunes du village. Le campement est généralement organisé en rectangle : les véhicules en périphérie, les tentes à l'intérieur; ça fait penser un peu à la conquête de l'Ouest en Amérique. Pour se laver, nous trouvons généralement un petit cours d'eau. Une fois, campant près d'un village d'Anatolie, les filles font leur toilette à la nuit tombante; elles se déshabillent sans remarquer que des garçons du village les observent; devant leur excitation, les anciens du village reviennent nous protéger toute la nuit avec leurs fusils pour éviter des agressions!

    Dans le bus, on discute, commente et argumente : faut-il s'arrêter pour faire du tourisme et visiter ? La vaisselle qui traine, la distribution du repas du soir qui pourrait être un peu plus disciplinée, le respect des temps d'arrêt dans les villages, l'heure et la manière pour le réveil matinal … Et puis il faut aussi mieux organiser la feuille de route des petits véhicules, plus mobiles, pour rechercher des aires de campement et s'arrêter pour le ravitaillement. Tout y passe et tous ces points vont se renforcer, s'exacerber au fil du voyage, donnant lieu parfois à des discussions interminables.

    Après Erzurum, c'est 200 km de piste au pied du mont Ararat : vision sublime, un décor de science fiction. Nous entrons en Iran le 1er novembre.Iran : Nous retrouvons le bitume. Après Tabriz, direction la Caspienne, en faisant le détour par Téhéran pour récupérer le courrier en poste restante. Bientôt, en remontant vers le Nord, nous circulons le long d'un immense lac, retenue d'eau de plus de cent km; nous trouvons une aire de camping : c'est un grand hôtel-restaurant en construction où nous sommes accueillis par le propriétaire des lieux, un général aide-de-camp du Shah; il nous apporte télé, vodka, fruits, conserves et lits de camp; c'est l'opulence tout d'un coup.Pique-nique au bord de la Caspienne : elle est fraiche et grise; nous ne nous y baignerons pas. Halte à Mashad, dernière étape avant la frontière afghane. Visite du souk, les femmes de la caravane doivent se voiler d'un tchador.

    12 novembre, à l'entrée en Afghanistan, on sent un changement très net : inorganisation apparente de la douane mais racket organisé à l'assurance et au change.Nous logeons dans un petit hôtel et visitons Hérat à la découverte de la vie locale, le marché le long de la citadelle délabrée, les femmes en burqa, des artisans très doués pour récupérer et utiliser des matériaux usés jusqu'à la corde (c'est le cas des pneus). Dans le groupe il y a huit caravanières; à plusieurs reprises, un commerçant observateur me propose d'en acheter une (Marie-Hélène Vézien) pour le prix de 10000 afghanis (1000 F) !

    Le 14 novembre, nouveau départ; les trois petits véhicules partent après le bus qu'ils doivent rejoindre au plus tard à Kandahar. Route en béton ondulé de 500 km, cadeau de l'URSS. En doublant un minibus à l'arrêt, le fourgon J7 conduit par Guy renverse un Afghan, passager du minibus, qui débouche de derrière le véhicule arrêté. L'homme renversé a une jambe fracturée; le J7 le conduit à l'hôpital d'Hérat.

    Le Combi VW retrouve le bus à Kandahar et informe les caravaniers. Le 15, nous restons sur place à Kandahar dans l'espoir d'un règlement rapide de cette affaire. Puis le bus se rend à Kabul et de son côté Michel tente de faire intervenir l'Ambassade de France et la société d'assurances qui nous a rackettés à l'entrée en Afghanistan : peine perdue, la loi prévoit que le véhicule et le chauffeur sont immobilisés jusqu'à la sortie du blessé de l'hôpital ! Michel retourne au poste de police d'Adreskan, près d'Hérat (1000 km en bus depuis Kabul), apportant un courrier de l'Assurance ; commencent alors une attente et des pourparlers interminables : le dossier doit être écrit en Pachtou, il faut négocier un montant acceptable comme dommages pour le blessé (5000 afghanis = 500 francs), passer devant le juge qui détermine le montant de l'amende (12000 afghanis) … et attendre, attendre, attendre. Il y a en pachtou un mot à connaître : FARDA = DEMAIN qu'il faut traduire par PLUS TARD. C'est ce que dit le Gouverneur de la région d'Hérat qui reçoit Michel en audience publique. Farda ...

    Pendant ce temps-là, la caravane est immobilisée à Kabul, il y fait froid, il y a des grippés et les caravaniers dépensent de l'argent, dans l'attente d'un départ hypothétique toujours repoussé: le moral est en baisse et la neige visible sur les sommets entourant la Khyber Pass inquiète Jean-Claude : il ne faut pas rester bloqué à Kabul à cause de la neige. De plus, une des filles est enceinte et on ne peut pas retarder indéfiniment.

    Pendant ce temps-là à Adreskan, les « rançons » sont versées; l'Afghan reçoit les 5000 afghanis devant une foule sortie d’on ne sait où en plein désert, pour voir cet évènement considérable; le pauvre homme grabataire est affolé, se demandant comment il va protéger son magot alors qu'il a une jambe immobilisée dans un mauvais plâtre. Les passeports seront redonnés aux chauffeurs Farda … mais ils devront encore attendre 7 ou 8 jours.Départ de Kabul pour le bus et le combi, sans attendre le J7. Christine Devin et Claude Arpi restent sur place dans l’espoir de pouvoir activer les choses pour Guy et Hervé. Une journée de voyage et nous voilà à la frontière pakistanaise, les grilles de la frontière se referment derrière nous, il est 17 heures : ouf ! il paraît qu'il ne fait pas bon être bloqué la nuit côté afghan. Vive le bakchich qui arrange bien des situations.

    Rentrés le 12 novembre en Afghanistan, nous en sommes ressortis le 29. Le séjour a laissé des traces parmi les caravaniers, l'état d'esprit s'est dégradé.Pakistan : Changement rapide de climat et de température; un premier tchaï à Peschawar au milieu des mouches et de la chaleur retrouvée ! La population est grouillante, les jeunes gens circulent en bande, interpellent les caravanières, sont attirés par ces occidentales en pantalon moulant et il s'en faut de peu qu'ils ne renversent le bus.Enfin l'Inde. Nous sommes le 2 décembre.Nous retrouvons un peu de sérénité à Amritsar, au Temple d’Or.

    Delhi. Nous résidons au Sri Aurobindo Ashram où nous restons deux nuits. Christine et Claude nous rejoignent le 5 (jour du Mahasamadhi de Sri Aurobindo). Le J7, avec ses chauffeurs, est coincé à la frontière indienne car le véhicule est au nom de X qui n'est pas présent. Avant l'arrivée à Delhi, discussions pour savoir si l'on va jusqu'à Bénarès : détour de 800 km ! Compte-tenu du retard accumulé, la décision est prise d'aller au plus direct : Agra, Khajuraho, Hyderabad, Madras et Mahabalipuram, ultime étape avant notre arrivée à Pondy.Les routes indiennes sont pleines de surprises. En passant dans une grosse ornière, un longeron du bus se casse au niveau du pont avant; il était depuis longtemps rongé par la rouille provoquée par le sel sur les routes allemandes. Après un moment de consternation, Jean-Claude trouve une solution : il faut haubaner. Avec son mât et le cordage qui sert de fil à linge, le bus ressemble à un étrange navire; le bus tangue, roule, les cordages grincent ; il ne lui manque plus qu'une voile à l'extérieur ! Heureusement nous sommes protégés par Sri Aurobindo et Mère dont les photos trônent à l'avant du bus, décorées de fleurs de jasmin.Deux jours d'arrêt à Mahabalipuram pour se reposer et effacer quelques traces du voyage. L'ambiance parmi les caravaniers s'est apaisée, le terme du voyage est très proche.

    Voilà dans quel équipage nous finissons notre odyssée et faisons notre entrée à Auroville le 20 décembre 1974, sur la pelouse d'Aspiration où Alain Bernard nous reçoit. Herve et Guy n'arriveront à Auroville qu'un mois plus tard environ.

    Ce texte a été écrit par Michel Cortella et légèrement modifié pour publication dans ce site.

    Liste des participants

    Claude Arpi, Jean-Pierre Audet, Jean-Claude Biéri, Pascal Berthier, Guy Brunet, Jean Bembaron, Paul Baptiste, Jacques Chapdelaine, Pierre Charles, Michel + Michèle + Denis + Manuel Cortella,Annie + Manou Coulon, Jean-Luc Deslignères, Christine Devin, Nicole Elfi, Joël Félix, Jacques Fornier, Annick + Anne Gaboriau, Françoise Lugagne, Claude Miceli, Hervé Millet, Paul Pinthon, Jean-Claude Refuveille, Ella-Maria Vieris, Pierre-André Villeneuve, Marie-Hélène Vézien, Hélène Stucker, Gundolf Zurmühl, Maurice et Christine  Meunier et leur chien dans le Ford.

    Les noms en rouge sont ceux des participants qui sont toujours à Auroville, celui en vert est celui d’une personne toujours à l’Ashram.


  • Inauguration d'Auroville le 28 février 1968

           A cette époque, Auroville est un désert avec à peine une poignée d'Auroviliens. Le jour de l'inaug

    Les premiers auroviliens

    Inauguration d'Auroville le 28 février 1968

           A cette époque, Auroville est un désert avec à peine une poignée d'Auroviliens. Le jour de l'inauguration, Roger Anger, Gilbert Gaucher, Vincenzo, Frédéric, Gérard(orchard) et quelques autres sont là.

    Roger Anger et Gilbert Gaucher sont venus en voiture par la route deux années plus tôt. Gilbert Gaucher est en contact avec l'UNESCO, c'est lui qui sera en charge de l’organisation de la cérémonie de l'Inauguration d’Auroville, notamment en invitant des représentants de 124 pays à déposer dans l’Urne un peu de terre de leur pays respectif.

    En avril 1969, à Promesse, débute la première communauté d'Auroville. Certains Auroviliens de Promesse seront chargés de construire Aspiration afin d'y accueillir les personnes de la 1ère caravane qui arrivera quelques mois plus tard.

    Début 69, Vicenzo est envoyé en France pour y organiser la 1ère caravane qui partira de la Place des Invalides dans la nuit du 14 au 15 août 1969 et mettra environ 3 mois pour atteindre Auroville. Une seconde Caravane partira de France en 1973.

    Quelques années plus tard, des personnes vivant à l’Ashram viendront progressivement vivre l’expérience d’Auroville. 

     

    Au fur et à mesure, nous allons mettre, avec leur autorisation, les portraits de ces premiers Auroviliens.

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  • La Mère

    Mère, nom donné par Sri Aurobindo, de son nom d'état civil, Mira Alfassa, née d'une mère égyptienne et d'un père turc, était française. Née à Paris le

    La Mère

    La Mere 2Mère, nom donné par Sri Aurobindo, de son nom d'état civil, Mira Alfassa, née d'une mère égyptienne et d'un père turc, était française. Née à Paris le 21 février 1878, elle fit des études approfondies de piano, de peinture et de mathématique. Elle est l'élève de l'académie Jullian. Elle a fréquenté les grands peintres de l'époque dont Matisse, croise Rodin. En 1914, elle se rend à Pondichéry où elle rencontre Sri Aurobindo pour la première fois. En 1920, elle reviendra s'installer définitivement auprès de Sri Aurobindo, qui selon la coutume indienne, l'appelle Mère et la chargera de continuer son œuvre, ce qu'elle fera jusqu'en 1973, date de son décès. En 1926, elle crée l'Ashram de Pondichéry où Sri Aurobindo se retire pour se consacrer au « yoga supramental ». En 1968, elle crée Auroville comme un « Laboratoire de l'évolution nouvelle ».

  • Satprem - Biographie

    Biographie

    Satprem (né Bernard Enginger) décéda le 9 avril 2007 à l'âge de 84 ans. A travers ses livres, et particulièrement à travers son rôle dans

    Satprem - Biographie

    Biographie

    satpremSatprem (né Bernard Enginger) décéda le 9 avril 2007 à l'âge de 84 ans. A travers ses livres, et particulièrement à travers son rôle dans la publication des 13 volumes de l'Agenda de Mère, Satprem joua un rôle-clé non seulement en introduisant de nombreuses personnes au travail de Sri Aurobindo et de la Mère, mais aussi en expliquant la portée et la signification de la formidable odyssée qu'ils avaient entreprise. Ses écrits ont inspiré, et continueront à inspirer, des gens dans le monde entier avec leur appel ardent pour reprendre le formidable travail de transformation physique commencé par Sri Aurobindo et La Mère, un travail que lui et son collaborateur spirituel, Sujata, essayèrent de continuer après la mort de Mère. Il fut également un personnage d‘une considérable influence à Auroville pendant les premières années et pendant le conflit avec la Société Sri Aurobindo, une bataille qu'il vit comme crucial pour l'intégrité d'Auroville et pour la progression du travail de Mère. Satprem fut un personnage charismatique qui, de par ses positions sans compromis, s'attira une grande loyauté de la part de certains et des critiques de la part d'autres. Survivant des camps de concentration, il s'éleva contre toutes les formes de tyrannie. Néanmoins, certains le blâmèrent pour sa critique acerbe envers l'Ashram de Sri Aurobindo et pour ses attaques contre ceux qui ne suivirent pas le chemin qu'il préférait.

    Ce qui suit est une version abrégée d'une brève biographie de Satprem dans le livre de Georges van Vrekhem intitulé « Beyond Man ».

    Satprem (…) est un Français qui est né à Paris en 1923, mais qui toujours se rappela avec nostalgie sa jeunesse sur la côte bretonne. Durant la Seconde Guerre mondiale, il devint membre de la Résistance. Il venait d'avoir vingt ans quand la Gestapo l'arrêta ; il passa un an et demi dans des camps de concentration allemands. Après la guerre, et profondément marqué par ces expériences, il devint un chef de file des problématiques et de la vision de la vie de l'Existentialisme, bien que ni Sartre ni Camus mais Gide et Malraux furent ses principales sources d'inspiration.

    En 1946, il écrivit dans une lettre à André Gide: « Je vous aimais, et certain passages de vos livres m'ont aidé à survive dans les camps de concentration. De vous j'ai reçu la force de me détacher d'un confort bourgeois matériel. Avec vous, j'ai cherché "pas autant pour la possession que pour l'amour''. J'ai fait un grand ménage pour être complètement nouveau devant la nouvelle loi. Je me suis rendu libre... Finalement, je me suis détaché de vous, mais je n'ai pas trouvé de nouveaux maîtres et la vie continue de me faire suffoquer. La terrible absurdité des semblables de Sartre et Camus n'a rien résolu et n'a fait qu'ouvrir les portes du suicide."

    Satprem travailla brièvement comme fonctionnaire dans l'administration coloniale de Pondichéry, mais il se sentit partout insatisfait et frustré et partit à la recherche de l'aventure en Guyane française, au Brésil et en Afrique.

    Néanmoins, à Pondichéry il reçut le darshan de Sri Aurobindo et de la Mère, et il transporta La Vie Divine avec lui, même dans les forêts pluviales de l'Amazonie. En 1953, après ces vagabondages, il retourna à Pondichéry pour rencontrer La Mère et s'installer à l'Ashram contre sa nature individualiste et rebelle. « [Je fus] un bon Occidental rebelle et toutes les manières de changer le monde semblent a priori excellents », écrit-il. Il enseigna pendant un temps à l'école de l'Ashram, et avec son remarquable talent littéraire il prit soin de la version française du Bulletin du Département d'Education Physique qui, en fait, fut une publication de La Mère. Ce périodique fut (et est toujours) un trimestriel et tous ses textes étaient imprimés en anglais et en français.

    Les premières années de Satprem à l'Ashram furent une période d'insatisfaction, d'agitation, de doutes, et parfois d'une révolte bruyamment exprimée. Il a inclus une partie de sa correspondance avec La Mère dans le premier volume de l'Agenda; ces lettres nous présentent une image mouvante de la patience, de la compréhension et de l'amour avec lesquels La Mère traita son enfant rebelle. Elle n'a jamais accepté quelqu'un pour le Yoga sans raison, et quand elle accepta quelqu'un, ce fut de manière inconditionnelle et pour toujours. A chaque fois, Satprem imagina qu'il devait trouver l'accomplissement intérieur dans l'aventure. Il n'y a pas un endroit exotique sur Terre vers lequel il ne se sentit pas attiré ; Congo, Brésil (encore), Afghanistan, Himalayas, Nouvelle Zélande, désert de Gobi, un voyage autour du monde sur un voilier, tout ça et plus était évoqué dans ses lettres. Mais La Mère savait ce qui le motivait réellement et elle le laissa devenir, en 1959, le disciple d'un yogi tantrique très compétent qui était également le prêtre supérieur du grand temple de Rameshwaram. Puis, guidé par un autre yogi, Satprem erra pendant six mois en tant que sanyasi (moine mendiant) à travers l'Inde et reçut l'initiation des sanyasis. Son roman Par le corps de la terre, ou le Sanyassin est basé sur ces expériences.

    Mais "l'oiseau retourne toujours au nid", à l'Ashram à Pondichéry, à La Mère. Elle commença à l'inviter de temps en temps dans sa chambre, au départ apparemment pour des tâches littéraires en relation avec le Bulletin. Il devint de plus en plus fasciné par elle. Il posait des questions (ou elle lui inspirait les questions) et elle répondait. "Au début, elle devait m'appeler, et il y avait ce grand fauteuil dans lequel elle était assise, et je m'asseyais sur le tapis par terre et l'écoutais. Franchement, elle en savait tellement. C'était formidable de l'écouter. Mais plus important, petit à petit elle commença à raconter son expérience."

    Néanmoins, Satprem pouvait exprimer violemment ses émotions ; c'était un homme cultivé et qui possédait une formidable intelligence, des intérêts très variés, et en tant qu'écrivain un style passionné et coloré. Nous avons également vu que La Mère se plaignait du manque de curiosité intellectuelle et d'intérêt culturel et général parmi les gens autour d'elle. Elle avait tant à communiquer, à partager, son savoir et son expérience étaient si étendus dans tous les domaines fondamentaux où l'être humain est confronté aux “grandes questions”, mais si peu lui fut demandé à propos d'elle. “Je suis une petite cloche qu'on ne sonne pas”, dit-elle. Là enfin un homme avec un esprit analytique, une expérience de la vie poignante et une soif de savoir - l'instrument idéal pour communiquer aux autres un aperçu de son incroyable aventure à elle. Au même moment elle travailla sur lui, en lui ; elle fit son yoga comme elle fit le yoga à tous ceux qu'elle avait acceptés et pris en elle.

    Satprem commença à réaliser l'importance de ces conversations avec La Mère et prit un enregistreur dans sa chambre. Ainsi naquit l’Agenda .Une partie de celui-ci concernait le travail littéraire qu'il faisait pour La Mère ; une autre partie concernait sa propre évolution yogique, son éducation yogique ; et la troisième partie des conversations de La Mère, en grosses lignes, sur le processus de sa transformation. Tout ce que disait La Mère était intéressant, tout était informatif et instructif, bien qu'elle n'aurait elle-même jamais autorisé que des passages confidentiels parlant de personnes de son entourage ne soient publiés.

    Après le décès de La Mère, une rupture advint entre l'Ashram et Satprem, avec de regrettables conséquences. Sous la direction de La Mère, il avait écrit Sri Aurobindo, ou l'Aventure de la conscience, un livre qui a mené tant de gens vers Sri Aurobindo et La Mère.

    Il lui avait également lu La Genèse du surhomme, un essai dont elle avait fait plein de louanges. Puis après son départ, il écrivit la trilogie Mère, dans laquelle pour la première fois il analyse et commente l'inestimable matériel de l'Agenda dont il était alors l'unique possesseur. Le mental des cellules est une sorte de cristallisation de la trilogie, et dans Gringo et récemment dans Evolution II [et Notebooks of an Apocalypse, il décrit sa propre évolution (…) Dans une lettre de 1983, on peut lire : « Je devais prendre la décision d'abandonner parce que je ne progressais plus dans mon travail [intérieur], je continuais à tourner en rond. Il doit y avoir au moins un être humain pour prouver, pour montrer au monde que le chemin de la nouvelle espèce est réalisable pour l'humain. Sinon, quel est l'intérêt de ce que Mère et Sri Aurobindo ont fait pour l'humanité ? »

  • Roger Anger

    Biographie

    Roger Anger a grandi avec le rêve de devenir chirurgien et non architecte. Né à Paris le 24 mars 1923, il était le cadet des trois fils de

    Roger Anger

    Biographie

    satprem

    Roger Anger a grandi avec le rêve de devenir chirurgien et non architecte. Né à Paris le 24 mars 1923, il était le cadet des trois fils de l'avocat Henri Anger. Du fait de la deuxième guerre mondiale, il entra en apprentissage à l'atelier de Capello, un artiste d'Antibes, au lieu de poursuivre des études. Impressionné par les dessins et les peintures de Roger Anger, Capello lui suggéra de s'inscrire en architecture, discipline pour laquelle il montrait une aptitude innée.

    Les années de formation

    Au cours de ses années préparatoires, Roger Anger passa deux ans à Nice dans l'atelier de l'architecte de renom Paul Jacques Grillo, installé par la suite aux États-Unis et auteur de l'ouvrage Form, Design and Architecture, devenu un classique. Après avoir réussi l'examen d'entrée, il s'inscrivit à l'École des Beaux-Arts de Paris où il obtint son diplôme en 1947.

    Le début d'une agence

    roger anger 2

    C'est en 1957, après le grand succès de la salle d'exposition qu'il réalisa pour les Manufactures de verre Boussois sur le boulevard Haussmann à Paris, que l'agence d'architecture prit une soudaine expansion. Ce projet spectaculaire représenta un tournant dans sa carrière. Pour le projet , indépendamment de l'excellence accomplie dans l'ensemble de la conception et des détails, la matérialité du verre fut explorée et appliquée de façon extrêmement innovante et magistralement illustrée par une cage d'escalier entièrement en verre qui faisait la démonstration du potentiel structurel du matériau. On ne peut imaginer plus approprié pour la salle d'expositions d'un fabricant de verre. La salle d'exposition de Vittel et la boutique au numéro 100 des Champs-Élysées sont d'autres exemples de projets d'aménagement intérieur et décoration remarquables. À partir de là, l'agence de Roger Anger commença à attirer les promoteurs privés qui fournirent la plupart de ses commandes. Dans le contexte du renouveau urbain de Paris à cette époque, ces projets étaient le plus souvent des logements à grande échelle, en périphérie. Edmond de Rothschild, Ben Jakobert et Sassons, directeurs de la promotion immobilière de Cogifrance, furent parmi ses clients les plus importants.

    roger anger 1

    La recherche approfondie sur la conception des bâtiments se faisait avec des dessins en perspective, des maquettes d'études à différentes échelles ainsi que des maquettes de détails pour étudier certaines parties des projets en particulier. L'agence se trouvait au début avenue Franklin Roosevelt, puis rue Ordener et finalement au 8, rue Brémontier jusqu'à sa vente en 1983, lorsque Roger Anger se retira de l'agence et que Mario Heymann continua avec Hughes Jirou, un neveu de Charles Cianferrari.

    En 1961, Roger Anger fut invité à participer à un concours très prestigieux avec trois autres participants dont Le Corbusier. Ce fut l'un des événements les plus mémorables de sa carrière. L'architecte se souvient : « Le Corbusier a été ma source d'inspiration. Il était un génie dans l'utilisation des formes. Il ne regardait pas vers le passé, seul le futur l'intéressait, il était résolu et audacieux dans ses conceptions. On aurait pu l'appeler le père de la nouvelle architecture, tout comme Picasso fut le père de la peinture moderne. Ce fut pour lui un grand moment que d'être en compétition avec quelqu'un qu'il admirait tant. Pourtant, ce concours ne connut jamais d'issue. Après le dépôt des projets, il ne fut malheureusement désigné aucun vainqueur par suite du changement de gouvernement et de l'abandon complet du projet.Roger Anger fut membre du comité de rédaction du magazine L'Architecture d'Aujourd'hui, du milieu des années soixante jusqu'au début des années soixante-dix, avec entre autres collaborateurs Georges Candilis (1913-1995), Jean Renaudie (1925-1981) et Claude Parent (né en 1923).

    Faits marquants

    roger anger 3Roger Anger se rendit régulièrement en Inde à partir de 1956 avec sa femme, Françoise Morisset, qui s'intéressait de plus en plus à l'ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry. Elle était la petite fille de Mirra Alfassa, connue plus tard sous le nom de Mère qui s'était installée à Pondichéry en 1920 et avait la charge de cet ashram. Le premier projet que Roger Anger conçut pour elle fut un complexe sportif pour l'ashram. Il ignorait alors que, plusieurs années plus tard, elle lui offrirait un projet, Auroville, qui allait changer complètement sa vie. En 1965, il accepta d'être l'architecte en chef d'Auroville. Alors qu'il commençait à faire des allers-retours entre Paris et Pondichéry pour présenter les différentes étapes d'avancement de son travail sur Auroville, son atelier parisien se consacrait à la construction des trois tours de l'île Verte, à Grenoble.

    Auroville avait pris une telle place dans l'agence de Roger Anger que deux de ses principaux collaborateurs, Puccinelli et Heymann, furent directement impliqués dans la création des concepts alternatifs pour le plan de la ville. C'est en 1967 que le projet pour l'Ile Verte reçut le Premier Prix International d'Architecture de Bruxelles. Il fut reconnu comme le plus remarquable résultat d'un travail d'équipe entre Roger Anger, Pierre Puccinelli et Mario Heymann et comme le point culminant de leur recherche. En 1968, le concept du plan d'Auroville fut approuvé et l'inauguration de ce projet eut lieu le 28 février de la même année sur le sol désertique et érodé du district de Villanur, dans le Tamil Nadu. Des jeunes de 125 nations participèrent à ce grand événement soutenu par l'UNESCO. Roger Anger a reçu d'autres prix : le Prix de Beauté de Paris, en ile de France, une médaille d'argent au Prix de l'Académie des Architec­tures et une autre médaille d'argent au Prix de la Ville de Paris.

    L'agence en Inde

    En 1967, Roger Anger créa un bureau à Pondichéry. En 1973, ce bureau déménagea à Auroville, dans l'ancienne cuisine collective d'Aspiration, la première communauté planifiée en tant qu'implantation provisoire. Plus tard, il fut transféré dans le bâtiment originellement conçu pour une unité de production de polyester. Une nouvelle unité appelée Auroservice d'Auroville fut créée avec Pashi Kapur comme directeur-fondateur, à la période où le travail à d'autres projets de villes nouvelles en Inde était entrepris pour soutenir financièrement la planification d'Auroville. Roger Anger, comme beaucoup de visionnaires, dut faire face à de nombreux obstacles au cours de la réalisation de ce projet.

    Après la disparition de Mère en 1973, le projet d'Auroville entra dans une période de turbulences durant laquelle le développement de la ville s'immobilisa. Roger Anger se retira pour plusieurs années en 1978.

    Le Château du Crestet

    roger anger 4Au moment où il se retira d'Auroville, il prit aussi du recul par rapport à sa vie à Paris et décida en 1980 de restaurer un ancien château en ruine dans le Sud de la France, surplombant un charmant village appelé Le Crestet. Il avait déjà reconstruit un château pour lui-même à Théméricourt, mais en comparaison Le Crestet était une véritable ruine. Il s'engagea dans un travail de reconstruction qui allait durer des années. Il continua à se rendre en Inde mais garda ses distances par rapport à Auroville tout en suivant l'évolution de son développement.

    En 1984, Roger Anger retourna à Auroville après une interruption de six ans, percevant que le climat s'était amélioré et que ses travaux pourraient reprendre. Bien que son travail fût officielle­ ment reconnu, Roger Anger eut à faire face à de nombreuses dif­ficultés dues au manque de ressources humaines, d'argent et de soutien professionnel, ainsi qu'à l'indisponibilité des terrains et au manque d'infrastructures. Son rôle et son autorité furent égale­ ment remis en question par quelques habitants d'Auroville, et il fut dans l'impossibilité d'accélérer l'urbanisation dont on lui avait donné la responsabilité. Plutôt que de produire des plans détaillés pour la ville et de reprendre son rôle d'architecte en chef, il se consacra principale­ ment à créer des conditions favorables à la croissance de la ville. Son objectif était d'établir un système de gouvernance capable de promouvoir le développement d'Auroville. Roger Anger continua à partager sa vie entre Le Crestet et Auroville où il se rendait deux fois par an. Il consacra tout son temps à travailler au développement et à l'urbanisation future d'Auroville. Dans son ermitage, son château sur la colline, il produisit des plans et des maquettes dans une atmosphère de concentration et de réclusion avec la seule aide de sa compagne, Jacqueline Lacoste.

  • Nuit du 14 au 15 août 1969,
    départ de la première caravane de véhicules pour Auroville


    La première caravane pour Auroville a été organisée sous l'inst

    1ère Caravane pour Auroville

    Nuit du 14 au 15 août 1969,
    départ de la première caravane de véhicules pour Auroville


    La première caravane pour Auroville a été organisée sous l'instigation de Vincent Maiolini, venu tout spécialement de Pondichéry pour acheminer gens et matériels afin de démarrer l'expérience d'Auroville qui en était à ses balbutiements.

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    La caravane était composée de quatre véhicules, dont deux « tubes » Citroën et deux Peugeot. Un des « tubes » était aménagé en camping-car avec lits, cuisine et lavabo; l'autre transportait des machines-outils, de l'outillage et les bagages des participants. Une des Peugeot était de type familial et pouvait transporter 7 personnes. Le tout avait été révisé, réparé et repeint dans les entrepôts de Malissard (société de transport).

    Les participants de cette caravane étaient constitués de cinq femmes (dont une petite fille de sept ans, Frédérique, et d'une femme enceinte de six mois, Eliane) et de onze hommes, au total 17 personnes. L'âge des adultes variait entre 18 et 30 ans. Tous étaient français, sauf Vincent (Italien), M'zali (Marocain) et Stéphan (Australien). Les membres de la caravane n'avaient pas ou peu de formation professionnelle à part Alain (Kiné), Danièle (Institutrice) et Bernard (Jardinier).

    La caravane partie de l'Esplanade des Invalides dans la nuit du 14 au 15 août 1969, date de la naissance de Sri Aurobindo. Il était un peu plus de minuit.

    Un couple, Raymond et Anne, voulant rejoindre Pondichéry se joignit à la caravane avec leur propre véhicule.

    Quelques heures plus tard, nous franchissions le Pont de Kiel pour pénétrer en Allemagne.

    Le trajet, pour rejoindre Pondichéry, dura plus d'un mois et demi, passant par l'Autriche, la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan.

    Il y eut de nombreuses pannes mineures et accident sans gravité : la Peugeot familiale ayant fait un « tonneau » sur la piste. L'ensemble de la caravane resta bloquée à Erzurum (Turquie) une dizaine de jours, le temps de découper la carrosserie à la hauteur du pare-brise pour ressouder une armature portant une bâche (voir photo).

    Le 3 octobre 1969, la caravane arriva dans le territoire de Pondichéry, à « Promesse » qui était une des premières collectivités d'Auroville. On y séjourna la journée le temps de se reposer et de se doucher. Le lendemain, la Sri Aurobindo Society (SAS)* accueillait dans ses bureaux tous les membres de la caravane pour une réception de bienvenue.

    Puis nous nous rendîmes sur les terres d'Auroville, près du village de Kuilapalayam, dans une communauté nouvellement créée, où résidaient déjà quatre personnes, qui deviendra par la suite « Aspiration ».

    Filaure (fils d'Auroville) fils d'Eliane et Alain est né sur les terres d'Auroville, le 13 Novembre 1969. C'était la troisième naissance à Auroville.

    Les membres de la caravane furent les premiers à créer leur nouvel environnement ; certains restèrent plus de trente ans sur place, les autres se dispersèrent peu à peu. A l'heure actuelle, trois personnes sont toujours à Auroville.

    * Sri Aurobindo Society (SAS) : société créée par Mère, chargée de recueillir des fonds pour la construction d'Auroville, du Matrimandir et de la prise en charge des Auroviliens.