Ancien gouverneur de Pondichéry, à l’occasion du 80e anniversaire de Mère

Pour le 21 février 1958

Lorsque je considère le cours de ma vie, déjà longue et replie de grands événements (deux guerres mondiales) de petites ouvertures et de quelques rêves réalisés, il m'apparait, avec une éblouissante évidence, que ma chance la plus grande et l'événement le plus déterminant pour mon destin furent d'avoir pu vivre quinze ans dans l'Inde pour y rencontrer, aimer et me donner à Sri Aurobindo et Mère.
L'amour de l'Inde ne peut être qu'un grand amour ou il n'est pas.
Patrie maternelle de tous les hommes de civilisation indo-européenne, elle ne vous repousse pas, elle vous enchante et vous admet, pour peu que votre tonalité intérieure s'accorde à sa magique vibration.
Je crois que ce fut mon privilège que de la reconnaitre et d'y retrouver l'ancestral foyer. Et cette chaleur pour l'âme, cette lumière pour l'esprit c'est à Pondichéry que je l'ai retrouvée : à l'Ashram de Sri Aurobindo et de Mère.

Pour un français, curieux et sceptique à la fois, c'est d'abord la révélation intellectuelle par la lecture de l'œuvre de Sri Aurobindo qui ouvre son esprit, puis, s'il a la chance de vivre à Pondichéry et qu'il soit sensible au climat, au rayonnement qui enveloppe l'Ashram, il sait qu'il est près d'une source de Lumière. Alors vient la rencontre bouleversante du Maitre et de Mère. Heureux ceux qu'ils agréent, car ceux-là ont reçu aux creux de leurs mains les semences de la Connaissance et de l'Amour.

Enfin arrive un jour, un jour de fervent abandon où, au cours d'une méditation aux pieds de Mère une goutte de lumière tombe sur l'âme éblouie et c'est une minute de bonheur qui vibre tellement que tout l'avenir en gardera la résonnance.

Quoiqu'il arrive désormais, la vie a retrouvé son vrai sens, l'intelligence sa juste direction, le cœur son seul amour. De tous les dons que m'a faits Mère, celui-là est le plus précieux.

Dans cet occident où l'on rencontre tant de visages inquiets, où les plus raisonnables cherchent refuge dans une indifférence stoïque, il est consolant de penser qu'il y a, à travers le monde, et dans l'Inde, très particulièrement, des hommes éclairés par l'enseignement et l'exemple de Sri Aurobindo et de Mère, c'est à dire des hommes et des femmes qui ont une explication pertinente du monde et de la vie.

Ils ont tous les moyens du bonheur, car ils possèdent la Foi, ou plus exactement cette sérénité que donne une totale confiance dans le Divin. Ils sont fortifiés par l'Espérance parce qu'ils sont conscients, par expérience personnelle et par l'exemple de Sri Aurobindo et de Mère que l'homme est infiniment perfectible. Enfin, connaissant la vraie liberté, celle de l'homme que rien n'attache, ils possèdent la Charité, c'est-à dire l'amour et la reconnaissance du Divin involué dans toutes ses créatures.

Voilà trop brièvement esquissé ce dont je veux témoigner au sujet de l'immense enseignement de Sri Aurobindo et de Mère qui commence à se répandre sur le monde pour sa sauvegarde et son futur bonheur.

En ce jour anniversaire de Mère une vielle litanie dédiée à la Vierge me revient à la mémoire :
Mère de la Sagesse
Rose mystique
Etoile du matin
Cause de notre Joie.

C.F. Baron